La santé des joueurs de rugby en question

La FFR et la LNR innovent pour remédier aux plaquages dangereux et améliorer la prise en charge médicale des joueurs

Le décès accidentel du joueur d’Aurillac Louis Fajfrowski lors d’un match amical en août dernier a réveillé un vieux débat qui agite le monde rugby depuis des : celui de la dangerosité du plaquage.

Alors que les intérêts financiers du sport professionnel ont longtemps phagocyté les discussions, les positions ont évolué, sous l’impulsion notamment du président de la Fédération Française de Rugby Bernard Laporte.

Quel est le problème posé par le plaquage ? Quelles sont les mesures prises par la FFR ? Le plaquage va-t-il disparaître ? Voici nos explications.

Plaquage au rugby : quel problème ?

Pour stopper un adversaire lancé à pleine vitesse avec le ballon, le plaquage au-dessus de la ceinture est la meilleure solution. Non seulement le tronc ne bouge pas, mais cela permet de bloquer les bras et donc la possibilité de passe. A contrario, en plaquant sous la ceinture, le joueur peut toujours s’échapper en sautant. Ce faisant, celui qui plaque risque de se prendre un coup de talon au visage.

Le problème du plaquage au-dessus de la ceinture est qu’il se transforme rapidement en un enroulé du bras au niveau de la tête et surtout du cou. L’épaule du joueur qui plaque peut venir heurter la tête de l’adversaire (ou inversement) et le cou du joueur plaqué peut violemment se tordre.

Autre possibilité : le joueur qui plaque n’a pas le temps de caler sa tête à l’extérieur du flanc de celui qui a la balle et expose sa tête aux genoux, au torse ou aux coudes de l’adversaire. Selon les cas, c’est soit l’attaquant soit le défenseur qui est en danger. Quoi qu’il en soit, les plaquages mal effectués peuvent entraîner une commotion cérébrale (76% des commotions y sont d’ailleurs liées).

Réflexion autour du plaquage dangereux au rugby

Ces dernières années, le débat sur le plaquage tournait en rond tandis que que la liste des commotions cérébrales s’allongeait. Certains, comme Stéphane Prosper, diront que le rugby a toujours été un sport dangereux : « Dans notre sport, l’affrontement peut générer des blessures, des accidents, mais on le sait dès le départ. »

D’autres comme Sébastien Calvet affirment : « Il serait hypocrite de dire que nous ne sommes pas dans des situations plus à risques que par le passé (…) On a renforcé les premiers rideaux défensifs. Les intervalles sont plus étroits et donc les zones de contact sont multipliées. »

La mise en place du « Toucher + 2 sec »

Après l’émoi provoqué par le décès de Louis Fajfrowski, Bernard Laporte a décidé d’agir au non de la protection des joueurs. Le Président de la FFR a pris une mesure symbolique, qui en appellera sans doute d’autres : la mise en place du « Toucher + 2 secondes » dans les écoles de rugby (jusqu’aux U12). Les plaquages seront donc interdits jusqu’aux U14.

La règle du « Toucher + 2 secondes » stipule que si un joueur en position défensive touche des 2 mains (entre la ceinture et les épaules) celui qui a le ballon, ce dernier a 2 secondes pour effectuer une passe. Cette règle ne s’applique pas si le défenseur touche l’adversaire avec une seule main ou avec une main puis l’autre.

Cette règle fait partie des nombreux aménagements qui ont été apportés dans les écoles de rugby pour empêcher le trop grand nombre de rucks et favoriser la vitesse du jeu. Étant donné que le ballon est très rapidement disponible, le rugby est donc plus rapide que par le passé.

Plaquages interdits dans les écoles de rugby

Les changements en Top14 et ProD2

Dans la lignée des changements opérés par la Fédération, la LNR et la FFR ont annoncé certaines évolutions en Top 14 et en ProD2 lors de la saison 2018-208, et ce afin de préserver au mieux la santé des joueurs. Parmi les mesures les plus importantes, il y a :

  • Une équipe pourra procéder jusqu’à 12 changements par rencontre (contre 8 auparavant).
  • Les 12 changements ne tiennent pas compte des remplacements temporaires (prise en charge des saignements, test HIA pour les commotions).
  • Un joueur sorti pour raisons tactiques pourra en remplacer un autre qui serait blessé ou sorti pour commotion cérébrale.
  • Tout joueur présentant des signes évidents de commotions cérébrales devra être sorti par l’arbitre via un carton bleu (en savoir plus sur la formation des arbitres).
  • Durant un match, chaque équipe pourra permettre à son médecin ou son kiné de se déplacer le long de la ligne de touche pour prendre en charge les blessures le plus rapidement possible.
  • Chaque équipe de Top14 devra avoir un médecin à mi-temps et 2 kinés à plein temps en durant la semaine (hors rencontres officielles).

Des changements en ProD2 et dans le Top14

Quel avenir pour le plaquage ?

Les discussions houleuses de ces dernières années autour du plaquage ont empêché toute réflexion de fond sur la nature du problème. Qu’est-ce qui pose réellement problème ? Le plaquage en lui-même ou le plaquage dangereux au-dessus de la ceinture ? La deuxième réponse, sans aucun doute.

Outre les plaquages au niveau du cou, les plaquages à retardement, par derrière ou sur des joueurs qui ne participent pas au jeu sont destructeurs. Pour ces immobilisations, en plus de la commotion, il a un risque de désinsertion de l’aorte, et donc d’hémorragie interne, ce qui peut entraîner la mort en quelques secondes.

Les mesures prises par Bernard Laporte dans les écoles de rugby semblent indiquer que l’on se dirige vers une réforme du plaquage afin de fluidifier le jeu. On imagine mal les instances internationales et nationales le supprimer, car il est l’âme du rugby. Par contre, il y a une fenêtre pour le faire évoluer afin de réserver la santé des joueurs tout en améliorant le spectacle.

World Rugby s’est emparé du problème, mais les discussions sont pour l’instant au point mort. La meilleure solution serait, semble-t-il, d’autoriser les plaquages sous la ceinture afin de libérer les bras et donc d’accélérer le jeu. Cela contenterait toutes les parties.

Julien Zerilli

Rédacteur sportif depuis 4 ans. J'aime raconter le football sous un angle épico-tactique. Chaque match est une bataille, chaque maillot est un étandard et chaque footballeur est un soldat. Vae Victis.

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